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« Je me tournai pour regarder le calendrier accroché en bas de l’escalier. Je soufflai : la fille saignerait bientôt. C’est moi qui devrais la remplacer avec le père. Je détestais ça. Il était lourd, violent. Au moins, avec moi, il mettait la capote parce que dans la vraie vie, on ne doit pas faire de gosse avec son père. C’est pas humain. »
« Arrête de me prendre pour un perdreau de l’année ! Ton patron est pas là, alors c’est l’heure de lâcher le paquet ! Et il vaut mieux me parler à moi que de se retrouver entre les paluches de mon gros collègue qui a une fâcheuse tendance à claquer le beignet des muets et à leur laisser, en guise de cadeaux, des trèfles à 5 feuilles en travers de la figure. Et tu verras à ce moment que le trèfle à 5 feuilles, ça porte pas bonheur. Je dirais même que ça picote ! En plus, il s’applique le bougre, c’est un orfèvre de la taloche, le bonhomme. Alors tu baves ou je t’arrange un rencard avec mon torgnoleur en chef ? »
« La politique, comme la guerre, était affaire d’hommes. Alors ils tuaient les plus réfractaires, pour montrer l’exemple. Et ils excisaient les fillettes, pour que jamais elles ne connaissent l’orgasme. Car une femme qui jouit, c’est le début des ennuis. Ça jouit et puis après ça demande les mêmes droits, ça se présente aux élections et puis ça finit par vous foutre le bordel dans le pays. »
« Des talons claquaient devant lui. Des jambes de femelles pratiquement nues, qui arpentaient le trottoir. Elles étaient partout, innombrables paires. À cette heure, les terrasses des bistrots et des restos étaient bondées. Des jeunes femmes et des moins jeunes caquetaient, remuaient, faisaient les belles devant des pseudo-mâles en dégénérescence, minets fragiles aux looks métrosexuels ou hipsters. Tout ce petit monde se mentait. »
« Cinquième jour (suite) – La vie cogne sur mes paupières. Je cligne des yeux, une fois, deux fois, mais les garder ouverts me fait mal. Ma tête est un œuf fracassé. Un bruit s’échappe de ma gorge. Il se situe quelque part entre un grognement et un gémissement, la plainte sourde et animale d’une créature prise dans un piège. J’essaie de me redresser, mais la douleur est un océan qui clapote autour de mon crâne. Je n’ai pas la force de le soulever. »
« Boris ne viendrait jamais me débaucher. Ça ne se faisait pas dans ce milieu, ni avec les copines, ni avec les avocats. Une certitude qui m’avait d’ailleurs fortement rassuré toutes ces années. Cela ne m’aurait pas beaucoup amusé que Dragan perde la tête en m’arrachant la mienne et me cloue à la porte de Boris en signe de vengeance. »