« Pour seul refuge » – Vincent Ortis

« Car le monde appartenait au Verbe et il avait été celui qui savait en jouer. Un discours émaillé d’un vocabulaire adapté à son auditoire, modulé par une voix agréable, pouvait vous faire avaler des tombereaux de théories fumeuses. […] Cependant, pour que le charme opère, il fallait […] ne pas regarder par terre où se trouvait cette enfant, les cuisses écartées, violée. »

« Comment braquer une banque sans perdre son dentier » – Catharina Ingelman-Sundberg

« – Bon, je comprends, dit le policier en jetant un coup d’oeil à sa montre. Vous m’avez parlé d’un kidnapping, ça concerne qui ?
– Euh… personne en particulier. Nous avons kidnappé les tableaux du Musée national.
– Ah, c’était dans ce sens-là. Et comment avez-vous fait ?
– Nous les avons décrochés et mis sur le déambulateur
– Oui, oui, je vois. Puis vous les avez emportés chez vous. Avez-vous d’autres délits à signaler ? »

« Chambre 413 » – Joseph Knox

« Il capta son reflet dans la vitre et recula d’un pas, s’éloignant de tout ce qu’il connaissait pour s’enfoncer dans la peur panoramique qui s’ouvrait devant lui. »

« Revolver » – Duane Swierczynski

« Sonya a probablement l’âge de Jim, à peu de chose près, même s’il n’oserait jamais dire une chose pareille. Quand on devine l’âge d’une femme, il vaut mieux enlever au moins une décennie. Ou mieux encore – la fermer, c’est tout. »

« La chambre des morts » – Franck Thilliez

« Vigo roula l’emballage de ces croissants, le jeta au bas des marches puis observa les passants qui déviaient pour éviter le maigre obstacle. Amusante cette manière d’agir sur les courbes de vie sans le moindre effort. Là, cette femme avec son sac rouge. Hop ! un pas de travers à cause de la boulette. Une demi-seconde dérobée à sa matinée. Une action qui allait se répercuter sur des milliers de gens, des milliards d’atomes. Elle allait croiser d’autres personnes que celles initialement prévues –prévues par qui ?–, influer inconsciemment sur leur rythme, leur comportement. L’air se déplacerait d’une façon différente, les odeurs aussi, de timides molécules olfactives donneraient soudain l’envie au buraliste du coin de fumer et donc de servir un client 5 secondes plus tard. Pressé, plus nerveux, l’homme roulerait un peu plus vite au retour. Pas grand chose, peut être 1 km par heure supplémentaire. Son attitude jouerait sur une infinité de trajectoires, de comportements, qui eux-mêmes … »

« Le tri sélectif des ordures et autres cons » – Sébastien Gendron

« J’ai regardé James avec dans l’œil le plein de bonté parce qu’ils faut toujours montrer au con qu’il est un con plein de bon sens. Le con est un animal grégaire qui aime à être rassuré par des mots simples qu’il pourrait lui-même assembler jusqu’à pondre une phrase sensée. Et comme on ne traite pas un con de con sans un minimum d’indulgence, j’ai accompagné la suite de mon laïus d’un petit sourire bienveillant. »

« La liste de nos interdits » – Koethi Zan

« Mes sens ont été assaillis par l’odeur viciée de l’endroit : transpiration, lubrifiants et fluides corporels indéterminés se mélangeaient et supplantaient les effluves de désinfectant industriel. […] L’homme était grand. […] Il tenait une laisse en cuir noir au bout de laquelle était attachée une femme mince, vêtue de cuir des pieds à la tête. Seuls ses yeux étaient visibles, nous scrutant dans la fente de la cagoule. Sa bouche était dissimulée derrière une fermeture Éclair. Elle se tenait voûtée, se traînant derrière lui à petits pas irréguliers, comme si elle était blessée. »

« Jeu de dames » – Nicolas Druart

« Toulouse, périphérique, sortie 16. Les trois témoins de l’exécution de sang-froid d’une joggeuse deviennent les cibles du tueur en série. Pris au piège d’un stratagème macabre, ils sont menés dans un jeu de piste au bout duquel ils n’ont qu’une chose à perdre : la vie. »