Catégorie : 2023
« Ah, si tu avais vécu en Grèce, je t’aurais raconté le vent nouveau qui soufflait sur Athènes il y a soixante ans, après des siècles de traditions villageoises. […] Et toi qui grandis en Suisse, tu serais allée cherchée du côté d’Allah ? Quand je te reverrai, je t’offrirai mon Coran. Je n’ai pas fini le bouquin, mais j’ai pris des notes. Je voudrais que tu comprennes qu’il n’y a pas de parole révélée sans notes de bas de page. L’Islam, contre-culture… qui l’eût cru ? »
« Quelles chances peut avoir un algorithme contre le chaos intérieur d’un humain ? Tout tient à cette fichue notion d’aléatoire : les bruits, les mutations, l’anarchie des émotions, les spasmes des comportements imprévisibles, les perturbations qui ne fusionnent pas dans un nouveau schéma, les étonnantes irrégularités qui définissent la nature humaine… »
« En sortant de l’université, j’ai été affecté à un baleinier. Un bateau-usine. J’ai assisté à la mise à mort de centaines de baleines. Je me souviens de la première. Une femelle. Quand les ouvriers ont commencé à la découper, elle donnait encore du lait. Il se mélangeait à l’eau autour, tout était blanc. C’était presque pire que le sang. Et son râle d’agonie… C’était trop pour moi. »
« Ils sont pauvres parce que la quantité de chance qui circule dans ce monde est limitée et qu’ils n’en ont jamais reçu la moindre part. Si la chance n’atterrit pas en plein sur vous quand elle tombe du ciel, si elle ne vous trouve pas sur son chemin quand elle se réveille le matin et qu’elle se met à chercher quelqu’un à qui elle va s’attacher, vous ne pouvez rien y faire. Il y a bien plus de gens dans ce monde qu’il n’y a de parts de chance, alors ou bien vous êtes au bon endroit au bon moment, à la seconde même où la chance fait son apparition – une seule fois et pour ne plus jamais revenir. Ou bien vous n’y êtes pas. Et dans ce cas… »
« Hadès pencha la tête sur le côté. Ses cornes frémirent, s’allongèrent et dessinèrent des sourires pervers au sein des volutes d’encens.
– Toi ? Tu tuerais ta sœur ?
– Nous n’avons pas à mourir tous les deux.
– Ariel ! Ils ne nous laisseront pas vivre de toute façon !
– […] Je tente ma chance. Donnez-moi ce putain de couteau. Je le ferai…
Les mains tordirent ses bras dans son dos. On la redressa pour exposer sa gorge. Les individus qui tenaient Ariel le lâchèrent. […] La cloche tintait comme une folle, un pouls proche de l’orgasme, dans la lumière entièrement rouge désormais.
– Donne-nous notre meurtre. Divertis les dieux.
Il tendit la lame à Ariel. »