Catégorie : thrillerPage 4 of 16
« Parce que vivre, c’est ça. Vivre, c’est avoir peur, avoir mal. Vivre, c’est risquer. Vivre, c’est rapide et dangereux. Autrement, ça s’appelle survivre. Toute mon enfance, j’ai survécu. Désormais, je veux vivre. Ou mourir.[…] J’ai servi d’esclave à ceux qui ignorent la pitié. J’ai apprivoisé la peur, la solitude. J’ai appelé au secours, j’ai perdu ma voix, mon innocence et ma dignité. J’ai appris le silence, le deuil et la servitude. J’ai détesté, et même haï. J’ai aimé, si fort que je me suis consumée de l’intérieur. »
« Elle n’envisage évidemment pas qu’il [son fils Milo, ndr] la tue physiquement. Elle pense plutôt que ce stress permanent qui ruine ses journées finira par la ronger de l’intérieur. Jour après jour, Milo creuse sa tombe. Elle ne sait pas si c’est la règle, ou si elle a vraiment tiré le gros lot, mais elle a fini par conclure que les enfants sont là pour détruire leurs géniteurs. Elle s’est fait tellement de mauvais sang pour son fils, qu’un jour son corps lui réclamera l’addition sous la forme d’un cancer ou d’un truc tout aussi grave et ravageur qui achèvera de lui pourrir la vie… »
« Il descendit le long de son corps, caressant ses seins de ses lèvres, puis les contours de son ventre, laissant courir sa langue dans sa douce toison blonde, goûtant à son humidité, la respirant. Un goût incroyable… Un parfum encore plus musqué et excitant que celui qu’elle portait. Elle gémissait. Dieu qu’elle avait bon goût, c’était une merveille. Son portable se mit à sonner. »
« Traitez-moi de snob, continua-t-il, une main sur le cœur, une expression de martyr sur le visage, mais je ne supporte pas de parler à ces putains de bouseux qui viennent ici pour faire ces petits boulots, qui laissent traîner leurs doigts dégoûtants sur le parquet en clignant de leur œil unique.
Il fourra d’autres cacahuètes dans sa bouche, agita la flûte de champagne.
– Je ne veux même pas les voir, ces singes. Je veux rester en haut à regarder Britney Spears se foutre à poil sur MTV, sans savoir que le débile débouche mes canalisations au rez-de-chaussée. »
« Sa mère priant pour son âme, son père pour qu’il arrête ses conneries, Mc Cash avait tué son enfance en couchant avec les filles des deux camps, sans distinction ni discernement. Il faisait des choses pas catholiques avec les protestantes, et vice versa, infiltrait l’ennemi par l’orifice, compensant son manque d’affection par une addiction féminine de tous les instants, quand la guerre et les bombes fratricides hurlaient autour de lui. Mc Cash […] rentrait la queue tordue à la maison, ivre le plus souvent, puant le sexe britton et la haute trahison. »
« – Et s’il refuse de parler ?
Crash arborait toujours son sourire de prédateur marin. La tête de cet homme était horrible à voir mais Grace commençait à s’y habituer. Elle se rendait compte aussi qu’il ne cherchait pas à lui faire peur ; quoi qu’on ait fait subir à sa bouche, le résultat était devenu son expression naturelle. Il en disait long, ce visage. Et, de ce fait, sa question se révélait purement rhétorique. »
« Elle, la haine. La seule à pouvoir le remettre debout. La seule qui l’a aidé à tenir en taule. Rester un prédateur, ne pas devenir une proie. Donner les ordres, ne jamais les recevoir. Rendre les coups. Sans aucune pitié. Choisir, toujours. La haine, qui ne l’a jamais quitté depuis que son père l’a abandonné. La haine, sa colonne vertébrale, sa force, le levier de sa puissance. Plus efficace que n’importe quel flingue. Il faut éviter de la diluer dans les sentiments. Pure, elle doit couler dans ses veines, saturer son cerveau. Abolir le doute, le désespoir, la peur.»
« Quelqu’un klaxonna dans la file de voitures derrière lui. Il l’avait fait à l’allemande, délicatement, cela sonnait comme un : « Excusez-moi, cher monsieur, mais je crois que vous n’avez pas remarqué que le feu est passé au vert », et non comme la version polonaise : « Bouge ton gros cul, connard, ou je viens te chercher. » Il démarra et tendit la main par la fenêtre pour s’excuser. »