Y’a pas, un bon livre se reconnaît au nombre de postits qui jalonnent ma lecture ! Ici il a été difficile de sélectionner le passage le plus intéressant à mettre en exergue, alors je vous en livre un deuxième.
« Alors Merhrlicht rangea sa clope en soupirant. […] Le monde, depuis quelques années, prenait un virage despotique terrifiant, abrogeait les libertés, multipliait les interdits. Une morale tyrannique et bécasse s’était installée, qui prônait le politiquement correct, le bio, l’écriture inclusive, la bienveillance, la vapoteuse à la barbe à papa, et bannissait l’opinion et le second degré. Il était aujourd’hui proscrit de se faire plaisir en buvant un verre, en fumant une clope et en insultant les cons. Pauvre monde ! Pauvres cons ! Qui les tiendrait informés désormais ? Ainsi en allait il de nous, condamné à l’explicite, à la concorde bêlante et aux licornes colorées. Parce que prendre la parole, affirmer sa différence, c’était risquer de blesser quelqu’un, voire quelques-uns, et de subir le légitime lynchage, destin ordinaire des déviants, qu’ils fussent trublions, artistes ou fumeurs de gitanes. L’époque n’était pas à la dissidence et fumer restait un crime de social-traître. »
Fondamentalement, on a juste un polar de plus. Des filles qui disparaissent sans laisser de traces, des flics aux personnalités bien campées. Une enquête, une histoire transversale, des cadavres. Polar tradi.
Moins tradi, le style de l’auteur est toujours très propre, très… stylé 🙂
Avec, de temps en temps, quelques digressions de haut vol où l’on retrouve de sérieuses références à Bérurier (réf : San Antonio), de la philosophie à 3 balles, de l’humour glauque (le médecin légiste : « Bon, je me replonge dans la noyée, si je puis dire. »). Un vrai plaisir.
Après réflexion, je reviens sur le polar. Sans spoiler, la révélation puis la fin peuvent sembler parfaitement déconnatoires. Mais quand c’est bien tricoté, bien calculé, que ça semble irréaliste mais que, tout compte fait, ça se tient… Bah c’est du bon roman, en fait !
Moi j’dis go.
