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« Les sept morts d’Evelyn Hardcastle » – Stuart Turton

« Cinquième jour (suite) – La vie cogne sur mes paupières. Je cligne des yeux, une fois, deux fois, mais les garder ouverts me fait mal. Ma tête est un œuf fracassé. Un bruit s’échappe de ma gorge. Il se situe quelque part entre un grognement et un gémissement, la plainte sourde et animale d’une créature prise dans un piège. J’essaie de me redresser, mais la douleur est un océan qui clapote autour de mon crâne. Je n’ai pas la force de le soulever. »

« Le goût de la viande » – Gildas Guyot

« Hyacinthe Kergourlé découvre, à vingt ans, l’enfer des tranchées. À l’armistice, il regagne la ferme familiale avec un bras en moins mais quelque chose incrusté dans les profondeurs de son âme.  »

« Sœurs » – Bernard Minier

« Il contacta sa fille sur Skype ce soir-là. Elle apparut sur l’écran, son bébé dans les bras. Servaz ne s’était toujours pas habitué à ces technologies qui permettaient de relier Toulouse à Montréal et d’entrer dans l’intimité de chaque foyer, qui rapetissaient le monde au point de lui ôter une bonne partie de sa magie. Il y voyait un progrès mais aussi un terrible danger –celui d’un monde sans murs, sans portes, sans recoins où se cacher, sans possibilités de penser à l’abri du bruit et des injonctions. Un monde livré à l’instantanéité, au jugement des autres, à la pensée unique et à la délation, où le moindre geste s’écartant de la norme vous vaudrait d’être suspect et par suite accusé, où la rumeur et les préjugés remplaceraient la justice et la preuve, un monde sans liberté, sans compassion, sans compréhension. »

« Chambre 413 » – Joseph Knox

« Il capta son reflet dans la vitre et recula d’un pas, s’éloignant de tout ce qu’il connaissait pour s’enfoncer dans la peur panoramique qui s’ouvrait devant lui. »

« Bonne nuit Maman » – Seo Mi-Ae

 

« Mamie Luger » – Benoît Philippon

« Marcel était un piètre cuisinier mais un bon cogneur […], de la catégorie supérieure. Celle qui laisse des séquelles. Berthe, en plus d’avoir le vagin tuméfié, en a eu le coccyx pété. Va expliquer ça au médecin. Marcel s’en est bien sorti : chute dans l’escalier. « Ben voyons, j’ai le con en chou-fleur et le cul pété en deux parce que j’ai raté une marche. Et l’autre, il avale l’excuse. » […] Un petit biffeton et un coup de calva avaient aidé à valider le diagnostic. »

« Allez tous vous faire foutre » – Aidan Truhen

« Je suis une putain de start-up criminelle asymétrique. J’ai une expérience limitée en matière de stratégie de guerre. Je fais du partage de bureaux, je sous-traite et je franchise, mais ce que j’ai surtout c’est un concept fondamental, un élan qui me pousse en avant, et le fait irréfutable que je suis plus taré qu’une boule de poils en fibre de verre. Je me fous du territoire. J’en ai rien à branler que le monde brûle. Je suis une zone autonome temporaire ambulante en pleine escalade nucléaire. »

« Toutes blessent, la dernière tue » – Karine Giebel

« Parce que vivre, c’est ça. Vivre, c’est avoir peur, avoir mal. Vivre, c’est risquer. Vivre, c’est rapide et dangereux. Autrement, ça s’appelle survivre. Toute mon enfance, j’ai survécu. Désormais, je veux vivre. Ou mourir.[…] J’ai servi d’esclave à ceux qui ignorent la pitié. J’ai apprivoisé la peur, la solitude. J’ai appelé au secours, j’ai perdu ma voix, mon innocence et ma dignité. J’ai appris le silence, le deuil et la servitude. J’ai détesté, et même haï. J’ai aimé, si fort que je me suis consumée de l’intérieur. »