Catégorie : 2015Page 1 of 2
« Les affaires invraisemblables, les manières de tuer les plus dingues, les mystères irrésolus depuis des années, les psychopathes à faire craquer, toutes ces enquêtes dont personne ne voulait, [le Commissaire] Lefleg les recherchait et les acceptait comme une thérapie du pire. Au milieu de cette foule de détraqués, il finissait par se trouver presque normal. »
« La politique, comme la guerre, était affaire d’hommes. Alors ils tuaient les plus réfractaires, pour montrer l’exemple. Et ils excisaient les fillettes, pour que jamais elles ne connaissent l’orgasme. Car une femme qui jouit, c’est le début des ennuis. Ça jouit et puis après ça demande les mêmes droits, ça se présente aux élections et puis ça finit par vous foutre le bordel dans le pays. »
« Mes sens ont été assaillis par l’odeur viciée de l’endroit : transpiration, lubrifiants et fluides corporels indéterminés se mélangeaient et supplantaient les effluves de désinfectant industriel. […] L’homme était grand. […] Il tenait une laisse en cuir noir au bout de laquelle était attachée une femme mince, vêtue de cuir des pieds à la tête. Seuls ses yeux étaient visibles, nous scrutant dans la fente de la cagoule. Sa bouche était dissimulée derrière une fermeture Éclair. Elle se tenait voûtée, se traînant derrière lui à petits pas irréguliers, comme si elle était blessée. »
« Si je dégueule, tu me tiendras les cheveux ?
– Va te faire enculer.
– Ah, je reconnais bien là mon partenaire hétéro.
Je restai un moment en essayant de déterminer où j’avais le plus mal : aux couilles, à la main ou à l’orgueil. Pour l’instant, c’était les trois.
Toujours perspicace, Junior dit :
– Tu saignes de là, Boo.
– Merci, docteur. J’avais pas remarqué. »
« Les idées suicidaires vont et viennent comme ça leur chante. Je n’ai aucun contrôle là-dessus, figurez-vous, c’est un job à temps plein. D’être malade mentale, si vous voulez appeler ça comme ça. J’vous jure, docteur, j’suis juste excentrique. C’est comme d’organiser une grande fête interminable pour un tas d’invités dont vous n’avez rien à secouer. Des parasites décidés à engloutir votre bouffe, qui ignorent les signaux que vous leur envoyez pour qu’ils dégagent de chez vous. C’est la meilleure façon de décrire ce qui se passe dans mon crâne. »
« — Tes parents ne t’ont jamais dit de na pas te promener seul en ville ? C’est dangereux, tu sais.
Ses doigts se firent plus caressants.
— Ils auraient dû te prévenir. Cela leur aurait évité de perdre leur fils.
Il soulève l’enfant qui se débat mollement. — Tu sais que ça ne sert à rien. Allonge-toi là, sans faire d’histoires. »
« Et ne s’était plus arrêté. Il l’avait cognée longtemps après qu’elle eut été sans défense et infirme, avec quelque chose de dur, encore et encore. Sur les photos, son visage n’avait plus rien à voir avec celui qui accompagnait les nombreux articles de journaux sur son assassinat. En fait, elle n’avait plus figure humaine. Son nez avait littéralement disparu, enfoui désormais dans la pulpe de sang et de chairs qui avaient jadis formé son visage. Ses deux arcades sourcilières étaient défoncées et sans forme, des bouts de dents cassées et d’os brisés brillaient dans son sang. »
« Le visage d’Assad fut parcouru par quelques crispations qui ressemblaient à de la jubilation. Un peu comme lorsqu’on se retrouve le cul à l’air dans son lit par une froide nuit d’hiver, et qu’on attend de sentir ses fesses se transformer en glaçon pour se remettre au chaud sous la couette. »
Admettons, même si pour ma part je me remets le cul au chaud aussitôt que possible.